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12/11/2010

Joyaux du chant grégorien: Rorate Caeli

Ce n'est pas par hasard si, en faisant une recherche combinée des mots "Avent" et "musiques", je suis tombé immédiatement sur le Rorate caeli: c'est l'hymne par excellence de la période de l'Avent, qui commence, dans la liturgie catholique, au 4ème dimanche précédant la fête de Noël. Si on retrouve ce thème au répertoire de beaucoup de compositeurs de musique sacrée, depuis l'anglais William Byrd  jusqu'au grand Franz Joseph Haydn, en passant par la Prague baroque et le tchèque Heinrich Schutz il ne faut pas oublier qu'il est, à l'origine, un chant grégorien de la liturgie catholique. Il n'y a pas si longtemps, il résonnait encore dans toutes les églises, avant de céder la place à des mélodies vernaculaires plus éphémères.

C'est cette supplication, à la fois humble et confiante, empruntée au livre d'isaïe, que je voudrais vous faire découvrir ici. La video ci-dessous est remarquable, non seulement parce qu'elle vous fait écouter un véritable joyau du chant grégorien - fondu des voix masculines, une mélodie d'une souplesse extraordinaire épousant à merveille le mouvement de  la phrase, l'émotion maîtrisée des envolées musicales, et ces finales tout en douceur ramenant l'auditeur à sa propre intériorité -, mais aussi parce qu'il vous offre un suivi du texte dans la partition grégorienne elle-même.

Vous trouverez ici la traduction classique du Rorate, comme on voit encore dans les vieux missels.

05/11/2010

Musiques pour l'avent et Noël... Rorate Caeli

Chaque année, le mois de novembre ouvre une période nouvelle: dans l'hémisphère nord, c'est l'hiver qui s'annonce, avec ses frimas, ses premiers flocons; dans nos régions tropicales, l'été s'installe avec cette lumière plus claire qui baigne nos montagnes et l'explosion des couleurs dans les jacarandas, les bougainvillées, précédant celle des flamboyants et des letchis...

Pour les chrétiens, c'est le temps de l'Avent, les regards qui se tournent vers la lumière annoncée par les grands textes prophétiques d'Isaïe. Mais, pour tous, que l'on soit croyant ou incroyant, de l'hémisphère boréal ou austral, cette période est vécue comme une promesse: promesse des graines mises en terre et qui germeront par-delà les aléas climatiques (gel, sécheresse, cyclone...), promesse des cadeaux et de la fête, promesse d'une nouvelle année déjà grosse de tous les possibles... Et s'il reste encore des neurasthéniques et pessimistes irrécupérables, qu'ils veuillent bien la mettre en veilleuse pour les quelques semaines qui s''annoncent !

Bergers abruzzes.jpg

Et la musique dans tout cela ? Justement, cette période résonne de mélodies qui nous viennent parfois de très loin, comme le "tu scendi dalle stelle" (tu es descendu des étoiles) chanté depuis des siècles par les bergers des abruzzes dans les rues de Rome, et tous ces airs du terroir qu'on se surprend à fredonner en cherchant une guirlande au fond d'un placard.

L'idée m'est alors venue de combiner les mots "musique" et ' avent" dans une recherche sur internet. Et très vite, je suis tombé sur cette page:

Rorate Coeli, musiques pour l'Avent et Noël dans la Prague baroque par le Collegium Marianum

L'article est excellent, magnifiquement illustré de tableaux de maître et d'extraits musicaux de compositeurs baroques tchèques. Le site lui-même est extrêmement intéressant et  "se veut avant tout espace de partage et d'échange autour de la musique, de la peinture ou de la littérature du Moyen-Âge jusqu'au milieu du XXe siècle, avec quelques échappées plus contemporaines".  D'ailleurs, je l'ai ajouté parmi les liens de la colonne de gauche, pour pouvoir y revenir régulièrement.

J'ai l'intention de continuer mes recherches sur ce thème, avec quelques noms qui me trottent en tête, comme Daquin, Josquin Des Prez... mais ce sera pour une autre fois.

29/10/2010

Jephté, de Carissimi... un défi à relever

Depuis quelques répétitions déjà, nous avons commencé à découvrir ou à redécouvrir les petites pièces destinées au choeur dans Jephté. Certains ont peut-être eu du mal à suivre Jacques dans ses exigences, et se sont dit qu'il exagérait dans son souci du détail: tenue de la voix, couleur des voyelles, placement des lèvres et de la langue pour que les consonnes 'sonnent' (eh! oui) correctement, soutien du phrasé musical avec des accents qui ne soient pas des 'han' de bucheron... On a l'impression de faire du sur place.

Mais c'est sûrement le prix à payer si nous voulons chanter autre chose qu'une succession d'accords sur des textes à peine compréhensibles. Comme André l'a souligné, dans le commentaire qu'il a fait de ses traductions,

"Contrairement à ce que nous sommes habitués à chanter, nous n'avons plus affaire, avec Jephté, à une musique proprement « liturgique » mais à une musique « dramatique » : un oratorio...

  ...Indépendamment du style musical propre à Carissimi qu'il nous convient d'essayer de retrouver, nous devons aussi nous efforcer d'exprimer ...  le caractère éminemment dramatique de cette musique. ...

N'allez pas ... croire qu'en vous proposant, à côté d'un mot-à-mot et d'une traduction « littéraire », une traduction « libre », j'aurais moi aussi obéi à des intentions irrespectueuses ou sacrilèges. En essayant de leur restituer un aspect plus vivant, et même assez brutal, je n'ai en fait cherché qu'à mieux faire sentir le caractère intense et pathétique "...de " ces morceaux que nous apprenons à chanter."

Nous ne sommes pas simplement des choristes ou des chanteurs, mais aussi des acteurs. Et un acteur, ça travaille la diction, ça interprète un personnage ( 'personna', c'était autrefois le masque que portait un acteur pour mieux ressembler à son 'personnage') en situation. Et les situations pour le choeur, dans Jephté, ne sont pas banales:

  1. c'est le corps à corps tumultueux du combat et le choc des épées (pugnaret, pugnaret...) dans le premier choeur,
  2. les imprécations furieuses et la chasse effrénée aux ennemis qui s'enfuient, dans le 'Fugite',
  3. la ronde joyeuse et pleine de légèreté qui accueille les vaingueurs dans le 'Cantemus Domino',
  4. la chape de tristesse qui accompagne le départ de la fille de Jephté et de ses compagnes dans les montagnes ('Abiit ergo'),
  5. et ce choeur final ('Plorate') où l'écho des lamentations passe d'un pupitre à l'autre comme si chaque choriste était un pan de ces montagnes, et dont le rythme très lent ne fait qu'accentuer le caractère inexorable du drame qui se joue.

J'entends encore (oh! il faut vraiment prêter l'oreille!) une réticence: ça vaut le coup, tout ce travail pour quelques choeurs de quelques minutes et somme toute une oeuvre mineure ? Et cela ne risque-t-il pas de nous mettre en retard pour Campra ?

Je crois, au contraire, que tout le travail de fond que Jacques nous invite à faire ne peut être que profitable à l'apprentissage de Campa, à condition, bien sur, de le faire à fond... Et là, que chacun s'examine et se remette en question.

En musique comme en sport, pour progresser on a besoin de modèles. Je vous en avais proposé un dans la première note que j'avais faite sur Jephté ('Vous aimerez...'). En voici deux autres, deux interprétations absolument somptueuses du 'Plorate, filii Israel':

  1. le Monteverdi Choir, sous la direction de sir John Eliot Gardiner
  2. le Lumina Vocal Ensemble, dans la version longue du Plorate

Cliquer sur le nom des fichiers pour les écouter et/ou télécharger

 

Et pour ceux qui aimeraient découvrir l'oeuvre d'un peu plus près, voici une très belle video de YouTube: les solistes sont superbes et l'on peut suivre le déroulement du chant sur la partition.